Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘histoire politique’

Dans le cadre du programme de l’agrégation d’histoire de cette année portant sur “Les sociétés coloniales – Afrique, Asie, Antilles – années 1850-années 1950″, François Guillemot a proposé un aperçu de l’histoire contemporaine du Viêt-Nam à travers la thématique du nationalisme comme alternative au système colonial.

Résumé :

Cette intervention de quatre heures propose une lecture interne du “choc colonial” imposé au Viêt-Nam accompagné de ses interactions/adaptations et de ses violentes contestations. Le cheminement révolutionnaire vietnamien est analysé sous l’angle de l’histoire politique des organisations légales ou clandestines qui occupèrent le devant de la scène pendant un demi-siècle. Les bouleversements importants que provoque la colonisation sur les plans politiques, culturels, géographiques, économiques et sociaux engendrent plusieurs formes de résistance (mouvement d’Aide au Roi, millénarisme) et l’adaptation à la nouvelle donne par une profonde remise en cause de la monarchie acculée au déclin. En se concentrant sur les différentes solutions nationalistes exprimées par les Vietnamien-nes depuis le début du XXe siècle comme alternative viable au système colonial, l’intervention met en évidence de façon chronologique la multiplicité des nationalismes vietnamiens, leurs difficultés d’existence contre le système colonial ou en interaction avec celui-ci (par exemple avec Nguyen Van Vinh).

L’intervention s’intéresse au nationalisme traditionnel des monarchistes (du Can Vuong à Pham Quynh), au nationalisme démocratique (ou humaniste) de Phan Chu Trinh soucieux des droits de ses compatriotes, au nationalisme révolutionnaire que Phan Boi Chau initia, repris par le VNQDD, au nationalisme culturel du Tu Luc Van Doan (Groupe littéraire autonome) par lequel le Viêt-Nam découpé se restructure mentalement, au transnationalisme indochinois des Vietnamiens dans les années quarante. Ce dernier débouche sur deux voies : une voie communiste (Viêt Minh/PCI) qui reste fidèle à ce transnationalisme régional et une voie nationaliste impériale dans sa dimension conquérante incarnée par les nouveaux partis Dai Viêt sous l’occupation japonaise. Le processus qui mène à l’indépendance donne le sentiment d’une synthèse inachevée avec l’avènement d’un national-communisme aux contours flous lors de la Révolution d’août 1945. Avec le retour militaire de la France, toutes ces solutions, même modérées, sont mises en échec. Le nationalisme devient plus pragmatique (pour sa propre survie) avec l’État associé de Bao Dai. A la fin de la guerre d’Indochine et le partage du pays, il laisse la place à deux nationalismes d’État-Parti, l’un à vocation messianique avec le régime “personnaliste” de Ngo Dinh Diem en 1955 à Saigon, l’autre d’obédience marxiste-léniniste-maoïste, avec la mise en place d’un communisme de guerre pour conquérir le Sud.

Pour en savoir plus, voir le carnet de recherche : Mémoires d’Indochine

Read Full Post »

François Guillemot, Dai Viêt, indépendance et révolution au Viêt-Nam. L’échec de la troisième voie (1938-1955), Paris, les Indes Savantes, 2012.


En étudiant l’évolution du Parti National du Grand Viêt-Nam (Đại Việt Quốc Dân Đảng) au sein du mouvement nationaliste vietnamien, ce livre permet de poser un regard neuf sur le processus de la révolution nationale et de la lutte pour l’indépendance dans le Viêt-Nam de la première moitié du XXe siècle. Par le biais d’événements méconnus, d’acteurs négligés par l’historiographie d’État, le rôle politique, la logique et la dynamique du mouvement Đại Việt sont restitués dans le contexte de la période 1945-1954 (guerre néo-coloniale, lutte contre le communisme et front chaud de la guerre froide). Concurrent du Việt Minh pendant la période révolutionnaire, le Đại Việt manqua sa révolution et fut l’une des cibles principales de la répression organisée par le Việt Minh de Hồ Chí Minh contre l’opposition nationaliste révolutionnaire en 1946. De son exil en Chine, il parvint à se reconstituer pour porter l’Empereur Bảo Đại à la tête d’un État national en 1949.

Cependant, sa conquête du pouvoir pour asseoir une « solution Đại Việt » contre une « solution Bảo Đại », jugée pro-française, fut brisée à la fois par le Chef de l’État vietnamien, par les autorités françaises et par le terrorisme communiste. À travers l’histoire de ce mouvement, la logique de la guerre civile dans laquelle se débattit le Viêt-Nam pendant plus de trente ans apparaît plus clairement. Cette contribution majeure à l’histoire du nationalisme vietnamien au XXe siècle offre ainsi une nouvelle grille de lecture de la fameuse « Révolution d’août » de 1945 et du conflit franco-vietnamien.

Read Full Post »